Blog Les plantes
Les vertus naturelles des plantes leur utilisation n’a rien de nouveau

Les vertus des plantes : rien de nouveau !

Si la phytothérapie a le vent en poupe en ce moment, l’étude et l’utilisation des vertus des plantes ne sont pas nouvelles. Revenons sur quelques faits historiques passionnants qui nous prouvent l’ancienneté de ce savoir qui nous fascine toujours autant.

L’homme de Néandertal utilisait déjà des plantes pour se soigner

Une étude publiée en 2012 par Karen Hardy de l’Université Autonome de Barcelone et Stephen Buckley de l’Université de York apporte la première preuve que l’homme de Néandertal connaissait les vertus de certaines plantes. Avec leur équipe, ces chercheurs ont pu mettre en évidence dans le tarte dentaire retrouvé sur des fossiles néandertaliens des traces de plantes telles que la mille-feuille et la camomille. Leur analyse leur permet de conclure que ces dernières n’étaient pas consommées pour leur goût, mais bien pour leurs pouvoirs astringent et anti-inflammatoire. Ceci fait dire aux chercheurs que « les habitants néandertaliens d’El Sidrón [Note de l’auteur : la région espagnole concernée par cette étude] avaient une connaissance sophistiquée de leur environnement incluant la compétence de sélectionner et d’utiliser certaines plantes » (Hardy et al., 2012).

Une étude australienne plus récente menée par Laura S. Weyrich (2017) et publiée dans le magazine Nature a approfondi cette connaissance en montrant que les Néandertaliens auraient utilisé le peuplier pour calmer la douleur liée à des abcès dentaires.

Les tablettes sumériennes et le papyrus Ebers : les premières encyclopédies sur les vertus des plantes (pharmacopées)

Des centaines de tablettes sumériennes de Nippur datant du 3ème millénaire av. J-C constituent une première encyclopédie très bien conservée des connaissances de l’époque sur les plantes médicinales (Mazars, 2014). Le saule ou la cigüe y sont par exemple mentionnés (Jorite, 2015).

Un autre document de l’Egypte Antique, le papyrus Ebers, datant du 16ème siècle av. J-C recense des centaines de remèdes fondés sur les vertus des plantes. Il se trouve « sous la forme d’une bande de plus de 20 mètres de long sur 30 centimètres de large comportant 108 pages de texte. C’est une sorte d’encyclopédie médicale en 877 paragraphes » (Mazars, 2014). Ce document de l’Egypte antique est un des plus anciens documents traitant de médecine et des vertus des plantes comme le pavot. Plus précis que les tablettes sumériennes, ils donnent les quantités et la durée de 700 traitements extrêmement variés allant des bains de bouche à l’infusion (Jorite, 2015).

Grèce Antique et Empire Romain : la connaissance des plantes d’Hippocrate et Dioscoride influença longtemps la médecine en Europe

Hippocrate, considéré comme le fondateur de la médecine occidentale, a écrit un recueil qui aura une grande influence, le Corpus Hippocratique. 230 plantes et leurs vertus y sont répertoriées, telles que la mandragore, l’opium ou la bryone. Elles sont considérées comme des moyens de faciliter les équilibres du corps (Jorite, 2015).

Un autre ouvrage qui influencera la médecine en Europe jusqu’au 16ème siècle nous vient de l’Empire romain. Dioscoride, médecin militaire ayant vécu au 1er siècle, écrivit la Materia Medica. Ce livre « mentionne 944 drogues dont 609 d’origine végétale, utilisées à l’époque tant en thérapeutique qu’en diététique. Certaines d’entre elles revêtaient encore d’ailleurs un caractère mythique, magique ou démoniaque » (Barbaud, 1994).

Les simples et Hildegarde de Bingen : Les plantes à la base de la médecine médiévale

Les simples, c’est le nom donné aux plantes médicinales au Moyen-Âge sur lesquelles s’appuie en grande partie la médecine. L’art de se soigner par les plantes se développe notamment dans les monastères. Cela donne lieu à la création de jardins médicinaux à la structure bien étudiée, « les jardins des simples » (Mitre, 2004).

Il n’est donc pas étonnant que ce soit une religieuse bénédictine qui s’illustre dans sa connaissance des plantes et de leurs vertus. Hildegarde de Bingen est en effet un personnage étonnant. Ayant vécu au 12ème siècle, elle a entrepris l’écriture d’une encyclopédie universelle, Physica, dont un des livres, long de 230 chapitres, est dédié aux plantes et leurs effets sur l’homme (Moulinier, 1989). Lorsque la religieuse ne connaît pas le nom de la plante, elle la désigne d’ailleurs par sa vertu comme le montre l’exemple de « l’herbe aux goutteux » (Moulinier, 1989). A cette époque, le symbolisme domine. Ainsi Hildegarde cherche des correspondances entre la morphologie des plantes et celle de l’homme. D’après elle, une plante peut avoir un pouvoir de guérison pour l’organe auquel la plante ressemble (Moulinier, 1989).

Les vertus naturelles des plantes leur utilisation n’a rien de nouveau

La connaissance des vertus des plantes est à l’origine de la plupart de nos médicaments actuels

Dans un article de Science & Vie de 2019, le pharmacien et président de la Société française d’ethnopharmacologie, Jacques Fleurentin nous rappelle que « sur les 120 structures chimiques dérivées du règne végétal à l’origine des médicaments importants, près des trois quarts ont été découvertes à partir de plantes utilisées dans les médecines traditionnelles« .

Conclusion : Ici ne sont que des exemples de la longue histoire de l’utilisation des vertus des plantes. Celle-ci est riche en histoires passionnantes, que ce soit celle de Cléopâtre et de son astuce beauté, l’aloe vera, des druides et de leur fascination pour le gui ou encore de l’utilisation de la valériane pendant les deux guerres mondiales pour calmer l’anxiété des soldats. Un sujet qui n’a pas fini de nous passionner !

Les références de cet article :

Barbaud (1994), Les Dioscoride « alphabétiques ». Revue d’Histoire de la Pharmacie, 302 : pp.321-330.

Hancok (2019), Se soigner par les plantes, est-ce vraiment possible ? Science & vie, numéro 25.

Hardy et al. (2012) Neanderthal medics? Evidence for food, cooking, and medicinal plants entrapped in dental calculus. Naturwissenschaften, 99:617–626.

Jorite (2015). La phytothérapie, une discipline entre passé et futur : de l’herboristerie aux pharmacies dédiées au naturel. Sciences pharmaceutiques.

Mazars (2014), Pharmacopées du Proche-Orient Antique, in Des sources du savoir aux médicaments du futur, IRD Editions, p. 55-60.

Moulinier (1989), La botanique d’Hildegarde de Bingen, Médiévales, numéro 16-17, pp. 113-129.

Weyrich, L., et al. (2017) Neanderthal behaviour, diet, and disease inferred from ancient DNA in dental calculus. Nature 544, 357–361.